Conférence du 6 avril 2011 « Projets Industriels, Projets Inacceptables ? »

Le 6 avril dernier, à l’occasion de la semaine du développement durable 2011, Horisis Conseil organisait avec ses partenaires du  groupement CO3, le groupe 3 Temps et l’agence Cavernamuth, et en collaboration avec la chaire « Négociation et Médiation » de l’ESSEC, une conférence autour des démarches de concertation dans les grands projets industriels. Cet évènement avait pour but de réunir étudiants, chercheurs et praticiens industriels et institutionnels pour tracer les grandes lignes d’un état des lieux et évoquer les perspectives futures des pratiques de concertation.

La concertation est aujourd’hui devenue incontournable pour répondre véritablement aux nouveaux enjeux de démocratie participative et de développement durable auxquelles les industriels, les collectivités doivent faire face. Cependant, au-delà de sa finalité, elle remet en cause les modes de faire même du management de projet, notamment les processus d’élaboration de la décision et d’avancement des projets. Pour une réelle efficacité, elle doit s’intégrer dans la conduite de projet et nécessite pour cela une rigueur et une ingénierie spécifique qui manquent quelquefois aux professionnels concernés par sa mise en œuvre.

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La conférence a démarré par une introduction d’Alain Lempereur, professeur de négociation et de médiation à l’ESSEC et Loïc Blondiaux, professeur à l’université Paris Panthéon Sorbonne et co-animateur de l’Institut de la concertation, sur les « enjeux du leadership dans la concertation ».

Parmi les principes fondateurs des nouveaux processus de concertation, cette introduction place au centre du débat, la difficulté de revoir certains principes de leadership dans un démarche où il s’agit de remettre en question le leadership vertical pour orienter les principes de concertation vers des modes de négociation ou médiation horizontaux et participatifs sans que leur autorité formelle soit remise en question.

Elle souligne également l’importance du tiers garant indépendant dans la concertation, avec deux objectifs majeurs :

–          rapprocher les parties et proposer des alternatives permettant la résolution des conflits
–          approfondir les controverses, lever des zones d’ombre et s’assurer que les points de vues qui ne sont pas présents, puissent également être représentés et visibles

La conférence alternait interventions formelles et tables rondes participatives pour permettre à chaque participant de pouvoir intervenir et partager un retour d’expérience ou ses interrogations.

La première table ronde s’est attachée à définir les principes de mise en œuvre de démarche de concertation en articulant management de projet, développement durable et concertation. Etaient réunis autour de la table , Alexandre Braïlowsky, direction de l’ingénierie sociale chez Suez Environnement, Christian Caye, délégué au développement durable, Jean-Marc Dziedzicki, chef de l’unité concertation et débat public à Réseau Ferré de France, maître de conférences à l’université de Luxembourg.

Si les intervenants sont d’accord pour placer la contrainte réglementaire de débat public comme un des principaux moteurs de la mise en œuvre des démarches de concertation dans les projets, ils s’accordent également sur l’émergence d’une réelle culture de la concertation. Malgré tout, certaines difficultés persistent comme celles de construire cette logique d’intérêt partagé, de renforcer la compétence et la capacité dans l’écoute, le dialogue et la concertation.

La deuxième table ronde avait pour objectif de situer les discussions au niveau de la notion de parties prenantes et des modalités de discussion et d’écoute pour s’orienter vers une codécision dans la conduite des projets.

Maryse Arditi, pilote du réseau risques et impacts industriels et de la mission exploratoire énergie, de France Nature Environnement, Loic Blondiaux, et Thierry Hommel, enseignant-chercheur, chargé de mission à l’ANSES, intervenaient sur le sujet.

S’il est difficile de parler de co-décision en France où les débats publics se font parfois encore sans public ; tous soulignent le travail de la Commission Nationale du Débat Public (CNDP),  qui pèse sur les débats publics pour qu’ils débouchent désormais sur une forme de « contrat social de fin de débat ». Le caractère normatif n’est pas total mais l’entreprise est malgré tout liée par les engagements pris publiquement.

La journée se poursuivait ensuite par une conférence plénière regroupant, Paul Carriot, président de la Commission concertation et médiation environnementale à l’AFITE, Bertrand Pancher, président de Décider Ensemble, député de la Meuse, Hélène Valade, directrice du développement durable de Suez-Lyonnaise des Eaux, présidente du collège des directeurs du développement durable, et Karine Viel, directrice du Pôle Entreprise du Comité 21, autour du sujet « Comment inscrire la nécessité de l’échange dans la durée ? ».

Les intervenants observent l’évolution des pratiques, d’une logique orientée sur l’acceptabilité des projets vers des principes basés sur la représentation de l’intelligence collective avec un rôle actif des parties prenantes dans la démarche. Ils insistent notamment sur les synergies qu’il peut exister avec la mise en place des démarches DD/RSE au sein des organisations, notamment à travers la définition d’indicateurs de suivi comme outils de dialogue, dans le temps, avec les parties prenantes.

Les deux dernières tables rondes d’une part sur la place accordée aux outils issus des nouvelles technologies comme internet ou les réseaux sociaux dans les pratiques de concertation et d’autre part, sur l’évolution des outils de management de projet pour s’adapter aux exigences de la concertation.

Jean-Étienne Belicard, fondateur de WATCH, réseau de vigilance environnementale en ligne et Benoit Thieulin, associé fondateur de l’agence La Netscouade (internet consultatif – participatif) interviennent sur les nouvelles technologies.

Pour eux, si que les mécanismes de concertation se passent rarement de supports physiques, en revanche internet peut être le moyen de toucher de nouveaux types de publics. De manière informelle, non structurée, spontanée et naturelle, internet devient le centre de l’espace du débat public.

Un débat public, quand il est outillé sur internet, c’est souvent davantage une manière de pouvoir prolonger les débats entre plusieurs réunions physique que de remplacer le débat physique. Internet permet de rééquilibrer les modes de représentation. Les personnes qui prennent la parole sur internet et dans le débat physique ne sont pas les mêmes. Il ne faut pas opposer les procédures physiques et numériques car elles se complètent.

Franck Baudin, directeur du développement de GEODEVE, Nathalie Boyer, Délégué générale de l’association Orée, Pierre-François Hugon, directeur de centre, ERDF-GRDF et Thiébaut Viel, consultant fondateur d’Horisis Conseil et de CO3, interviennent sur les outils de management de projet.

Ils se rejoignent sur la nécessité d’adapter les outils pour accompagner l’évolution des pratiques de concertation sur 4 points majeurs : .

– en phase de pré-déploiement : définir un outil d’analyse des parties prenantes et de formation des managers au dialogue.
– mobiliser des collaborateurs en interne qui a leur niveau sont les relais des parties prenantes sur le terrain.
– accompagner lors de la phase de réalisation du projet sous différentes formes, de simple module de dialogue sur un sujet précis, à des démarches de concertation plus globales.
– partager de l’expérience entre les filiales et les différentes unités d’un même projet.

La conférence se terminera sur l’intervention de Patrick Legrand, CNDP. Il dresse alors un bilan plutôt positif des évolutions actuelles, toutefois contrasté par le chemin qui reste à parcourir pour assurer aux démarches de concertation, une légitimité réelle et partagée. Le débat public fait émerger les nouvelles attributions de l’entreprise. Le public attend des entreprises qu’elles coopèrent pour optimiser le développement du territoire (ex. les externalités d’une entreprise peuvent devenir la matière première d’une autre – Ecologie industrielle).

S’il n’existe pas de réponse toute faite aux problématiques fondamentales posées lors de cette journée, on remarque toutefois que l’ensemble des acteurs de la concertation sont sans cesse à la recherche de nouveaux espaces de dialogue pour partager les savoirs faire.

Fort de cette première expérience réussie, le groupement CO3 souhaite poursuivre les initiatives en sens, pour inscrire ces moments de partage dans la durée et la continuité.

La synthèse complète des échanges de cette journée, est disponible sur simple demande, à l’adresse contactCO3@horisis.com

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