L’ « expertise d’usage » au service de l’entreprise

Comment faire d’une contrainte réglementaire un levier d’amélioration de la performance et de progrès social dans l’entreprise ?

La loi handicap du 11 février 2005 a confronté les sociétés françaises à un changement de perceptions des travailleurs handicapés. Répondre de manière efficace, éthique et productive aux impératifs légaux relatifs à l’insertion professionnelle des travailleurs handicapés est devenu un enjeu majeur.

Trois exigences et des compétences inédites…

Le bien être social des salariés, le développement durable et le respect des diversités sont des responsabilités nouvelles pour l’entreprise. Et celles-ci appellent à des compétences inédites qu’il faut pouvoir identifier. L’« expertise d’usage » est une de ces compétences inédites mise à jour par les personnes dites « handicapées » et ouvre la voie à des stratégies de développement fondées sur la transmission de l’expérience qui répondent à ces trois exigences.
«On ne demande pas on fait par soi même » est une injonction souvent entendue par les personnes dites « handicapées » dans l’éducation à l’autonomie. Celles-ci ont ainsi développé une aptitude à « faire autrement » susceptible d’inspirer ceux qui cherchent les voies d’un développement durable.
Apprendre de celui qui sait faire autrement avec un potentiel restreint ou différent, en roulant quand il ne peut marcher, en lisant avec les doigts quand il ne peut voir ou en écoutant avec ses yeux quand il ne peut entendre, c’est s’ouvrir à tous les possibles et se préparer à toutes les restrictions.
Il s’agit d’une coproduction inventive fondée sur un faire ensemble qui facilite le vivre ensemble.

… Pour travailler en « Harmony »

Le bénéfice est celui-là, faire autrement pour faire avec enseigne à vivre avec l’autre différent tout autant qu’avec la perspective d’une restriction de capacité pour soi même. Identifier une perspective de vie digne et pleinement remplie tout en étant restreint dans ses capacités physiques ou mentales est une expérience qui libère, et collaborer avec des travailleurs « autrement capables » est un challenge porteur de transformations positives. L’expérience  montre en effet que les adaptations bien pensées en termes d’usage et de « conception universelle » sont rapidement utilisées par de nombreuses personnes qui découvrent une facilitation qu’elles n’auraient sinon pas identifiée. Ainsi, l’accessibilité et l’ergonomie qui sont directement issues de la « rééducation fonctionnelle » et de la « réadaptation socio professionnelle » du 20ème Siècle, sont non seulement maintenant des obligations légales et l’objet de politiques de prévention, mais aussi des facilitateurs qui peuvent être mis au service des objectifs de l’entreprise.
Dans cet esprit, j’aime à dire que les personnes chargées d’une expérience de la vie autonome avec des restrictions de capacités ont développé des capacités de coachs du quotidien qui  peuvent  soutenir   un   développement respectueux des droits de chacun, quelles que soient ses capacités. En restant les acteurs de leur vie, en développant leurs compétences dans ce but et en intervenant dans le cadre d’une charte éthique et de régulations externes, elles sont à mêmes d’apporter une expertise de l’usage qu’elles font de cadre bâti et de l’entourage humain, de leur ergonomie et de leur accessibilité ; ils et elles sont des « experts d’usage ».

Le coaching et la formation par l’expert d’usage :

« L’expert d’usage », c’est celui qui tire ses connaissances de l’expérience de l’utilisation de l’objet de son expertise. En d’autres mots, c’est l’usager, l’utilisateur ou le client qui apporte aux professionnels les moyens d’une analyse de leurs pratiques et d’une mesure de l’impact de celles-ci en termes de facilitation et d’entraves à la vie de celles et ceux qui en font usage.
Si la formation est son champ de prédilection, notamment en termes de coaching des décideurs et des opérateurs qui ont à appliquer la Loi pour construire accessible, produire sans discriminer et apporter une plus value sociale, le regard critique de l’expert d’usage, sa connaissance du réseau et son expérience pratique des moyens de surmonter les situations de handicaps interviennent « à tous les étages ». Les experts d’usage sont les garants d’une politique de « mainstreaming »1 qui permet d’identifier des mesures transversales mobilisatrices et socialement valorisantes pour l’entreprise tout autant que pour ses salariés.

1 Processus qui vise la généralisation des pratiques innovantes et leur intégration dans les politiques et les pratiques d’emploi, de formation, professionnelle et de lutte contre les discriminations. (« Travailler en réseau pour l’inclusion », document cadre de la commission Européenne  sur le programme Equal de Juin 2002)

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